UNITED NATIONS. <i>LE MONDE</i> ARTICLE: FOR A UNIC PARIS

 

15 SEPTEMBER 2012

POUR UN CENTRE DE L'ONU A PARIS
Par André Urban, Hassen Fohda

Le président de la République et le nouveau gouvernement ont clairement réorienté les objectifs de notre politique étrangère en sortant du « tout OTAN » qu'incarnait Nicolas Sarkozy pour reconnaître à l'ONU sa légitimité, en tant qu'incarnation de la communauté internationale.

Afin de traduire ce changement en succès diplomatiques, il conviendrait de revenir sur certaines décisions qui ont été néfastes pour l'influence de la France et pour l'efficacité de la diplomatie multilatérale, comme la fermeture en 2003 du Centre d'information des Nations unies à Paris. Il existait depuis 1947 et accomplissait une oeuvre importante pour la tenue de conférences internationales dans la capitale, pour l'influence de la France sur les responsables onusiens, qui effectuaient des passages plus fréquents à Paris, ainsi que pour la francophonie. Il établissait un lien avec les acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux, mais aussi avec les jeunes des établissements scolaires et universitaires dans lesquels ses responsables étaient amenés à faire des présentations sur le rôle de l'organisation. Il favorisait ainsi l'établissement d'une « culture ONU » qui existe dans le monde anglo-saxon, qui contribue au « soft power », et qui fait souvent défaut en France. Au point que nos intellectuels parisiens se comportent souvent en enfants gâtés vis-vis de l'ONU, la critiquant à tort et à travers, méconnaissant ses limites autant que ses potentialités.

La fermeture du centre en 2003 s'est accompagnée d'un transfert de ses responsabilités au Centre européen d'information des Nations unies à Bruxelles. On ne perdrait rien au change, bien au contraire, promettait-on. En fait l'accès à la documentation de l'ONU, dont l'abord est très complexe, a été rendu problématique, alors qu'il s'agit de la fonction première des centres en question. La présence d'un correspondant à Paris, à même d'expliquer le fonctionnement des bases de données, serait la meilleure façon de répondre au problème. Par ailleurs l'économie budgétaire promise a été toute relative : à Paris, les locaux, compris dans ceux de l'UNESCO, étaient gratuits. Ils pourraient l'être de nouveau en cas de réouverture. A Bruxelles, les frais de location ont conduit à réduire la surface nécessaire, et les frais de transport ont augmenté.

En définitive les capitales de l'Europe occidentale qui comme Paris se sont résolues - sauf pour l'Allemagne et l'Italie - à la fermeture de leur centre onusien ont été dupées. La réforme, concédée dans une atmosphère néoconservatice et néolibérale, devait être le prélude à des regroupements sur d'autres continents. Or elle s'est arrêtée là. Il existe 63 centres d'information de l'ONU dans le monde, il n'en existe plus à Paris et Londres, pourtant membres permanents du Conseil de sécurité ! Si ces centres ne représentaient pas un enjeu, dans ce cas pourquoi tant d'autres capitales se seraient battues pour leur maintien, y compris à Washington alors que le siège de l'ONU, à New York, se trouve déjà sur le sol américain ? La fermeture du centre parisien est un bien mauvais signal qui a été envoyé en 2003 à la communauté internationale et à la francophonie. Comment résister à d'autres pressions, contre un siège permanent de la France au Conseil de sécurité, qui ne manqueront de s'accroître si la réforme de l'élargissement de ce dernier n'aboutit pas à moyen terme ? La réforme de 2003 a abouti en outre à une situation étrange : dans la plupart des capitales de l'Europe de l'ouest, les institutions spécialisées ou agences de l'ONU, comme le FMI, la Banque mondiale, l'OIT, le HCR ont une représentation, mais pas l'ONU elle-même. Or sans élément politique moteur, le risque de cacophonie et de dispersement est évident.

Si encore le centre de Bruxelles avait réussi à insufflé un esprit européen, une unité à nos positions ! Il apparaît plutôt comme un alibi en la matière. Certes, il a un rôle important de liaison entre l'Union européenne et l'ONU, et il accomplit des fonctions logistiques qui sont à maintenir. Il ne faudrait en aucun cas envisager sa fermeture. Mais prévoir en revanche des antennes nationales, ou officialiser leur existence dans le cas de l'Allemagne et de l'Italie, qui tout en exerçant efficacement leurs fonctions avec un personnel restreint, n'apparaissent pas, autre aberration, dans les listes officielles de ces centres.

André Urban, chargé de l'ONU au secteur international du parti socialiste; Hassen Fodha, ancien directeur du Centre européen des Nations unies à Bruxellees.